{"id":1144,"date":"2021-11-01T15:52:00","date_gmt":"2021-11-01T14:52:00","guid":{"rendered":"https:\/\/unitelaique.org\/?p=1144"},"modified":"2021-11-16T16:07:03","modified_gmt":"2021-11-16T15:07:03","slug":"la-singularite-contre-lidentite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/unitelaique.org\/index.php\/2021\/11\/01\/la-singularite-contre-lidentite\/","title":{"rendered":"La singularit\u00e9 contre l\u2019identit\u00e9"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Rachel Khan, <em>Rac\u00e9e<\/em>, Paris, L\u2019Observatoire, 2021, 160 p., 16\u20ac.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Juriste, sc\u00e9nariste, actrice, danseuse, ancienne athl\u00e8te, Rachel Khan \u00e9crit aussi des livres. Le dernier, <em>Rac\u00e9e<\/em>, constitue un pr\u00e9cieux antidote pour contrer l\u2019air du temps identitaire.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>S\u00e9parer ou r\u00e9parer. Il existe des mots qui s\u00e9parent et d\u2019autres qui r\u00e9parent. Rachel Khan a choisi son camp. C\u2019est ainsi qu\u2019elle oppose l\u2019id\u00e9e d\u2019\u00eatre \u201crac\u00e9e\u201d, concept fait d\u2019additions, \u00e0 celle de \u201cracis\u00e9e\u201d, qui exalte le repli identitaire. Noire, gambienne, d\u2019origine musulmane et catholique par son p\u00e8re, blanche, juive et fran\u00e7aise par sa m\u00e8re, elle refuse d\u2019accompagner les tenants d\u2019un <em>\u00ab&nbsp;essentialisme identitaire&nbsp;\u00bb<\/em> et voit en la pol\u00e9miste Rokhaya Diallo<em> \u00ab&nbsp;une pyromane qui simplifie le monde et lave le cerveau d\u2019une jeunesse rac\u00e9e&nbsp;\u00bb.<\/em> De la m\u00eame mani\u00e8re, elle incrimine les indig\u00e9nistes dont la <em>\u00ab&nbsp;m\u00e9thode est simple&nbsp;: lutter contre les discriminations par la discrimination&nbsp;\u00bb<\/em> en r\u00e9pertoriant les <em>\u00ab&nbsp;cat\u00e9gories de Fran\u00e7ais d\u2019un point de vue racial&nbsp;\u00bb<\/em>, qualifiant <em>\u00ab&nbsp;cette mission d\u2019inspiration s\u00e9gr\u00e9gationniste&nbsp;\u00bb<\/em>. Elle pourfend tout autant un autre mot qui s\u00e9pare, l\u2019intersectionnalit\u00e9, dont le fonds de commerce repose sur <em>\u00ab&nbsp;la concurrence des douleurs&nbsp;\u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p>Entre ceux qui s\u00e9parent et les mots <em>\u00ab&nbsp;fourre-tout qui ne vont nulle part&nbsp;\u00bb,<\/em> Rachel Khan fait \u0153uvre utile en sugg\u00e9rant de se d\u00e9fier de normes langagi\u00e8res fabriqu\u00e9es par les entrepreneurs identitaires et qui ont colonis\u00e9 le registre lexical des responsables politiques et des prescripteurs m\u00e9diatiques. Il en est ainsi du mot \u201cminorit\u00e9\u201d, dont elle observe que les <em>\u00ab&nbsp;les communautaristes ont compris que cette notion est un levier&nbsp;\u00bb.<\/em> <em>\u00ab&nbsp;Affirmer son appartenance \u00e0 une minorit\u00e9 a vocation \u00e0 se couper du reste de la population et d\u2019en jouir&nbsp;\u00bb,<\/em> note-t-elle, relevant judicieusement que <em>\u00ab&nbsp;face \u00e0 ces minorit\u00e9s dominatrices, on se tait. La mise \u00e0 mal de la libert\u00e9 d\u2019expression est le signe que ces lobbies sont d\u2019une puissance inou\u00efe. Dans notre syst\u00e8me d\u00e9mocratique d\u00e9phas\u00e9, l\u2019objectif n\u2019est plus de gagner par la majorit\u00e9 mais bien de devenir des minoritaires en majorit\u00e9&nbsp;\u00bb<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Mots vides et bons sentiments<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Prenant des exemples aux Etats-Unis sachant qu\u2019ils pr\u00e9figurent souvent ce qui advient en France peu apr\u00e8s, Rachel Khan affirme que <em>\u00ab&nbsp;nos \u00e9lus n\u2019arrivent plus \u00e0 nous pr\u00e9server des tensions identitaires&nbsp;\u00bb<\/em>. Pire m\u00eame, certains prosp\u00e8rent sur cette vision de la soci\u00e9t\u00e9 tandis que d\u2019autres encore <em>\u00ab&nbsp;accros aux \u00e9l\u00e9ments de langage, n\u2019arrivent plus ni \u00e0 se faire entendre ni \u00e0 contrer les pires id\u00e9ologies&nbsp;\u00bb.<\/em> Dans une <em>\u00ab&nbsp;foire aux bons sentiments&nbsp;\u00bb,<\/em> ils garnissent leurs discours de \u201cbienveillant\u201d et d\u2019\u201cinclusif\u201d, de \u201cmixit\u00e9\u201d, de \u201cdiversit\u00e9\u201d, de \u201cfaire soci\u00e9t\u00e9\u201d et de \u201cvivre-ensemble\u201d. <em>\u00ab&nbsp;A ces mots vides correspondent des actes inactifs&nbsp;\u00bb,<\/em> remarque encore l\u2019auteur avec un sens efficace de la formule, et<em> \u00ab&nbsp;le vivre-ensemble reste le placebo g\u00e9n\u00e9rique d\u2019une pens\u00e9e qui ne panse rien. Aucun engagement, aucune responsabilit\u00e9, l\u2019important est d\u2019avoir bonne conscience&nbsp;\u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Autre mot ch\u00e9ri par le discours public, celui de \u201cdiversit\u00e9\u201d qui, <em>\u00ab&nbsp;tout en achetant la paix sociale, offre une base solide aux quotas&nbsp;\u00bb. <\/em>Rachel Khan contre-attaque&nbsp;<em>: \u00ab&nbsp;Nous avons effac\u00e9 la race, mais nous avons gagn\u00e9 un mot qui ment en l\u2019avouant dans le m\u00eame temps&nbsp;\u00bb.<\/em> D\u00e9cid\u00e9ment, la reconqu\u00eate s\u00e9mantique reste un chantier \u00e0 entreprendre tant les z\u00e9lateurs de l\u2019identit\u00e9 ont en quelques ann\u00e9es r\u00e9ussi \u00e0 imposer leur approche toxique. <em>\u00ab&nbsp;L\u2019injonction de nous r\u00e9duire en mettant nos intimit\u00e9s au diapason d\u2019une couleur de peau, d\u2019un nom, d\u2019une religion, d\u2019un territoire pour rentrer dans la case \u201cdiversit\u00e9\u201d ou dans des r\u00e9unions non mixtes est une ing\u00e9rence autant qu\u2019une colonisation de nos \u00eatres&nbsp;\u00bb,<\/em> accuse encore l\u2019auteur. Elle condamne aussi l\u2019expression \u201cminorit\u00e9s visibles\u201d, qui <em>\u00ab&nbsp;fait croire que l\u2019existence n\u2019est r\u00e9duite qu\u2019\u00e0 la partie clinquante de l\u2019iceberg&nbsp;\u00bb <\/em>et qui correspond finalement bien aux normes dominantes d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 le paraitre domine, louant la superficialit\u00e9 et bannissant l\u2019intimit\u00e9. Au-del\u00e0 de ce qui pourrait sembler une simple controverse th\u00e9orique, Rachel Khan pose avec clart\u00e9 les enjeux du d\u00e9bat et les risques contenus dans ces d\u00e9rives&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;Pour les identitaires, fid\u00e8les aux pires p\u00e9riodes de l\u2019histoire, toute singularit\u00e9 qui s\u2019exprime en tant que telle est une trahison \u00e0 l\u2019unit\u00e9 du groupe. Ce dernier doit \u00eatre homog\u00e8ne&nbsp;\u00bb<\/em>. Pour ceux qui voudraient r\u00e9sister \u00e0 cette logique, la lecture de <em>Rac\u00e9e<\/em> fournira, on l\u2019a compris, de puissants arguments.<\/p>\n\n\n\n<p>Philippe Foussier<\/p>\n\n\n\n<p>2021<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/unitelaique.org\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/2021-Recension-KHAN-Racee.pdf\">T\u00e9l\u00e9charger le PDF<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Rachel Khan, Rac\u00e9e, Paris, L\u2019Observatoire, 2021, 160 p., 16\u20ac. Juriste, sc\u00e9nariste, actrice, danseuse, ancienne athl\u00e8te, Rachel Khan \u00e9crit aussi des livres. Le dernier, Rac\u00e9e, constitue un pr\u00e9cieux antidote pour contrer l\u2019air du temps identitaire. S\u00e9parer ou r\u00e9parer. Il existe des mots qui s\u00e9parent et d\u2019autres qui r\u00e9parent. Rachel Khan a choisi son camp. 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