L’École de la République, creuset de la notre démocratie
C’est avec une profonde inquiétude qu’Unité Laïque voit exploser la violence qui s’est emparée du mouvement lycéen.
La colère d’une partie de la jeunesse existe. Elle doit être entendue. Les difficultés de l’École, le manque d’enseignants ou de moyens dans certains établissements, les incertitudes sur l’avenir professionnel, social et écologique nourrissent un sentiment d’abandon qu’il serait irresponsable de mépriser. La République doit savoir écouter cette colère.
Elle doit aussi rappeler clairement où s’arrête la contestation et où commence la violence. Incendier un lycée, dégrader des salles de classe, agresser un proviseur, un enseignant, un policier ou un pompier revient à frapper ceux-là mêmes qui font vivre le service public et à détruire les lieux dont on réclame qu’ils soient mieux dotés.
L’École occupe à cet égard une place particulière. Elle est le creuset de la démocratie française. C’est là que des enfants venus de familles, de milieux, de convictions et d’origines différents apprennent à former une communauté de citoyens. C’est là qu’ils acquièrent les savoirs qui permettent de penser librement, de discuter, de contester, de distinguer l’argument du slogan et l’adversaire de l’ennemi.
La démocratie s’apprend aussi par le désaccord. Les lycéens ont le droit de se mobiliser, de revendiquer, de manifester et d’interpeller les pouvoirs publics. Ils doivent pouvoir le faire librement et en sécurité. Mais la destruction, l’intimidation et l’affrontement physique que recherchent une frange radicalisée parmi eux ruinent précisément cet apprentissage démocratique.
Depuis plusieurs années, notre pays voit trop souvent des mouvements de contestation légitimes happés par une logique d’affrontement qui finit par faire disparaître les revendications sous les images de violence. Plus grave encore, certains responsables politiques ont fait de l’exaspération sociale et de la radicalisation des conflits une stratégie. Ils encouragent les blocages, entretiennent la défiance envers les institutions, désignent sans cesse des ennemis et trouvent dans chaque tension nouvelle l’occasion de pousser à l’affrontement plutôt que de rechercher une issue. Qu’un parti représenté à l’Assemblée et maintenant au Sénat se commette avec des groupuscules qui sont des professionnels de l’agitation, voire de la violence en dit long sur sa conception de la politique.
Instrumentaliser ainsi la colère d’une jeunesse inquiète est une lourde responsabilité. Souffler sur les braises, excuser les débordements ou présenter toute intervention de l’autorité publique comme une provocation ne protège nullement les jeunes mobilisés. Cela les expose. Ceux qui espèrent tirer un bénéfice politique du désordre seront loin lorsqu’il faudra réparer les établissements incendiés, retrouver des conditions normales d’enseignement et reprendre les cours.
Les premières victimes seront alors les élèves eux-mêmes, et parmi eux ceux qui ont le plus besoin de l’École pour construire leur avenir. On ne défend pas l’École en la livrant à la violence. On ne défend pas la jeunesse en faisant d’elle l’instrument d’une stratégie de rupture.
Unité Laïque appelle les responsables publics à rétablir le dialogue, sans faiblesse devant les violences, à protéger les élèves et les personnels et à répondre aux difficultés réelles de l’Éducation nationale.
Préserver l’École, c’est préserver l’un des rares lieux où peut encore se construire un destin commun.
