Léon XIV en France : la république laïque en état de dévotion – Le Point
TRIBUNE. La France s’apprête-t-elle à recevoir le pape ou à se prosterner ?, interpelle Jean-Pierre Sakoun, président de l’association Unité laïque.

A mesure qu’approche la visite de Léon XIV, du 25 au 28 septembre prochains, une étrange fièvre semble gagner les médias, les responsables politiques et jusqu’à certaines institutions publiques. Il ne s’agit plus seulement d’accueillir avec courtoisie le chef de l’Église catholique ni même de permettre aux catholiques français de rencontrer librement leur chef spirituel. Tout donne le sentiment que le pays devrait communier dans l’événement.
Le président de la République lui-même a annoncé que cette visite serait « un honneur pour notre pays, une joie pour les catholiques et un grand moment d’espérance pour tous ». Pour tous ? Les catholiques ont évidemment le droit d’y voir une joie et une espérance. Mais de quel droit assigne-t-on les athées, les agnostiques, les protestants, les Juifs, les musulmans, les bouddhistes ou les simples indifférents à cette espérance pontificale ?
La nuance n’est pas secondaire. Elle est au cœur même de la laïcité. Car la France n’est plus depuis très longtemps la « fille aînée de l’Église » autrement que dans les nostalgies maurrassiennes. Elle est une République laïque et une société puissamment sécularisée et majoritairement indifférente aux religions. 2 à 3 % des Français fréquentent régulièrement un lieu de culte catholique.
Il y a donc quelque chose de singulier à voir une société aussi profondément déchristianisée soudain représentée, à l’approche d’une visite pontificale, comme si elle brûlait collectivement d’impatience spirituelle et avait troqué la liberté de conscience contre une excitation médiatique papolâtre !
La société entière priée de s’agenouiller
Que les catholiques accueillent Léon XIV avec ferveur est parfaitement légitime. Que l’Église organise des rassemblements gigantesques l’est également. La laïcité n’est pas une police des consciences et la loi de 1905 n’a jamais interdit aux religions de se manifester dans l’espace public : son article 27 prévoit expressément que les cérémonies, processions et autres manifestations extérieures des cultes sont soumises aux règles ordinaires de police et d’ordre public.
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