Liberté, liberté chérie I Delphine Bürkli
Acte 1 – Introduction de Delphine Bürkli, Maire du 9ème arrondissement de Paris

Merci à Delphine Bürkli et à toute l’équipe de la Mairie du 9ème arrondissement de Paris pour leur engagement pour la défense de la laïcité et de la liberté d’expression, merci d’avoir été soutien dans l’organisation de cette soirée-événement Liberté, Liberté Chérie, et merci pour ce bel accueil !


Discours de Delphine Bürkli
« Je suis ravie de vous accueillir ce soir à l’occasion de cette soirée exceptionnelle intitulée « Liberté, liberté chérie », organisée avec nos partenaires et amis d’Unité laïque, pour célébrer les 120 ans de la loi de séparation des Églises et de l’État. Une loi fondatrice qui continue d’éclairer notre République comme un phare dans la nuit.
Avant toute chose, je veux adresser mes remerciements les plus chaleureux à Jean-Pierre Sakoun, président d’Unité laïque, et à Aline Girard, secrétaire générale. Nous vous accueillons toujours avec un immense plaisir, parce que votre engagement constant et quotidien, nous rappelle que la laïcité n’est pas un acquis immobile mais une responsabilité vivante. Votre présence, votre fidélité, votre rigueur intellectuelle nous honorent.
La dernière fois que nous nous sommes retrouvés ici dans cette même salle, c’était le 16 octobre, pour une soirée consacrée à l’héritage de Samuel Paty, assassiné pour avoir enseigné la liberté. Un professeur décapité par un terroriste islamiste, un homme exécuté pour avoir fait ce que la République lui demandait de faire : apprendre à penser librement. Cette date, cette blessure restent inscrites dans nos consciences. Elles donnent un sens supplémentaire, plus grave, plus urgent, à notre réunion de ce soir.
Cette soirée a également été rendue possible grâce au concours du Chevalier de la Barre, qui porte la mémoire du jeune François-Jean Lefebvre, supplicié au XVIIIe siècle pour son refus de se soumettre à l’autorité religieuse. Et grâce aussi à De Quoi Demain, dont je veux saluer l’engagement éclairant et infatigable. Merci à vous. Votre présence à nos côtés nous rappelle qu’il existe une chaîne ininterrompue de femmes et d’hommes qui, depuis des siècles, se dressent pour la liberté de conscience.
Nous sommes, une nouvelle fois, très heureux de vous retrouver pour cet événement d’envergure.
Vous avez pu profiter, dès 16 heures, d’une librairie éphémère, vitrine de l’esprit critique, des savoirs et de cette curiosité intellectuelle que la République chérit. Et maintenant, nous ouvrons le bal, un bal où les surprises, les échanges, les voix fortes seront nombreuses.
Permettez-moi également de saluer la présidente de la soirée, Sophia Aram. Vous le savez, sa voix est précieuse. Précieuse parce qu’elle ne cède pas. Précieuse parce qu’elle incarne cette liberté de parole sans laquelle la laïcité ne serait qu’un mot vide.
Je voudrais aussi remercier et saluer Elodie Frenck, maîtresse de cérémonie de la soirée. Merci d’être là pour guider cette soirée.
Ce soir, le casting est prestigieux, chacun peut le constater. Les personnalités qui vont se succéder, dont l’engagement public est connu, témoignent de quelque chose de fondamental : l’attachement des Français à la laïcité. Même quand elle est discutée, parfois malmenée, parfois incomprise, la laïcité demeure au cœur de notre pacte commun. Elle est une part de notre ADN républicain.
La laïcité a été acquise de haute lutte et demeure fragile encore aujourd’hui en 2025. Elle est l’un des biens les plus précieux de notre démocratie. Elle n’est pas une opinion parmi d’autres : elle est le cadre de toutes les opinions. Elle n’est pas une conviction particulière : elle est ce qui garantit la liberté de toutes les convictions.
La laïcité, c’est le droit de croire ou de ne pas croire, le droit de changer de religion ou de n’en suivre aucune, le droit de pratiquer ou de ne pas pratiquer, le droit, tout simplement, d’être libre.
Mais aujourd’hui, cette laïcité, singularité française, est parfois incomprise et instrumentalisée. Certains la contournent, d’autres la déforment, d’autres encore la présentent comme un obstacle à la liberté. C’est tout le contraire.
La laïcité n’empêche pas la liberté : elle la rend possible. Permettez-moi de rappeler brièvement le contexte dans lequel est née la loi de 1905 que nous célébrons ce soir.
Nous sommes dans une France fracturée par des décennies de conflits entre l’Etat et l’Eglise. Une France divisée, où les tensions religieuses structurent encore la vie politique. Et pourtant, c’est à ce moment-là que des parlementaires, portés par un courage et une vision que nous saluons encore aujourd’hui, ont décidé de créer un espace où l’Etat ne commande pas aux consciences et où les religions ne commandent pas à l’Etat. L’esprit de la loi de 1905, c’était un esprit de liberté.
Ce n’était pas une loi contre les religions : c’était une loi pour les citoyens. Ce n’était pas une loi de contrainte : c’était une loi d’émancipation. Ce n’était pas une loi de combat : c’était une loi de paix.
Alors soyons, aujourd’hui, à la hauteur de celles et ceux qui nous ont précédés.
Soyons dignes de leur courage et de leur foi dans l’avenir. Soyons dignes de cette loi qui garantit notre liberté depuis 120 ans.
Car il faut avoir le courage de le dire : à l’heure où le religieux revient en force, à l’heure où certains veulent réimposer des normes religieuses dans l’espace public et entre les femmes et les hommes, à l’heure où le fanatisme tente de regagner du terrain, fêter les 120 ans de la loi de 1905 n’est pas neutre. Ce n’est pas un geste symbolique. Ce n’est pas un anniversaire parmi d’autres. C’est un acte civique. Et peut-être même un engagement collectif renouvelé.
L’esprit de 1905 doit être inlassablement expliqué et surtout transmis.
Nous devons revenir aux textes, aux intentions, aux combats qui ont façonné cette loi. Nous devons rappeler que la laïcité protège et qu’elle rassemble sous un seul drapeau, celui français. Et qu’elle n’est jamais aussi forte que lorsqu’elle est comprise.
Ce soir, en célébrant ces 120 ans, nous ne faisons pas seulement mémoire : nous faisons œuvre de transmission, et je me réjouis de la présence des jeunes lycéens ce soir. Nous posons une pierre de plus dans l’édifice fragile mais magnifique de la liberté républicaine.
Alors merci à toutes celles et tous ceux qui prennent part à cette soirée. Merci aux intervenants, aux artistes, aux intellectuels, aux citoyens engagés. Merci à vous, public, qui faites vivre ce débat, qui le portez, qui le défendez.
La liberté n’est jamais définitivement acquise. La laïcité non plus. Elles demandent du courage, de la constance, et parfois de la résistance.
Mais lorsque je vois vos visages, votre présence, votre engagement, je me dis que notre République peut être confiante. Parce qu’elle tient debout grâce à chacun d’entre vous.
Je vous souhaite à toutes et à tous une très belle soirée, vivante, joyeuse, à l’image de cette laïcité que nous célébrons ce soir : une laïcité qui n’éteint rien, mais qui éclaire tout. Je vous remercie. »
