Liberté, liberté chérie I Jean-Pierre Sakoun

Acte 1 – Jean-Pierre Sakoun, Président de l’association Unité Laïque


Discours Jean-Pierre Sakoun

« Madame la maire du 9e arrondissement, chère Delphine, qui nous recevez désormais, je dirais presque « traditionnellement », pour porter ensemble notre combat ; cher Alexis Govciyan, Mesdames et Messieurs les élus de la République, Messieurs les dignitaires du Grand Orient De France, cette société de pensée qui porte sans faille et promeut la laïcité depuis tant de décennies et qui par votre présence marquez la justesse de notre action, chers amis membres d’Unité Laïque, de De quoi demain et du Chevalier de La Barre, Mesdames, Messieurs, et surtout, surtout, chers artistes sans l’engagement bénévole et enthousiaste desquels rien de tout cela ne pourrait avoir lieu.

Lorsque nous avons imaginé cette soirée, nous ne voulions pas un colloque de plus, un hommage compassé de plus. Nous voulions une fête. La fête de la liberté d’expression, de la conscience libre, de la pensée affranchie, de la culture, de la créativité, de la fraternité. Une fête où la laïcité n’est pas seulement un principe constitutionnel et juridique , mais une culture en action, une force, joyeuse, contagieuse, profondément humaine.

Ce soir, entourés de comédiens, de musiciens, d’auteurs, de chanteurs, de lecteurs, nous affirmons haut et clair ce que la laïcité est, et ce qu’elle doit rester : une promesse accomplie d’émancipation, un espace où chaque individu échappe à la mainmise de tous les dogmes, de toutes les doctrines, de toutes les autorités qui prétendraient lui dicter sa place, sa pensée, ou son destin.

Nous célébrons les 120 ans de la loi du 9 décembre 1905, cette loi révolutionnaire qui n’a pas cherché la diplomatie, mais la clarté.

  • Elle a dressé une frontière nette entre le politique et le dogme.
  • Elle a créé la citoyenneté en libérant les êtres humains des jougs anciens.
  • Elle a proclamé que l’État ne servirait aucune vérité révélée et que nul ne pourrait invoquer une croyance pour imposer sa volonté aux autres.

C’est cela, la laïcité républicaine : une rupture libératrice, pas un compromis variable.
Une conquête, pas un « dialogue interculturel ». Une affirmation simple et souveraine : la loi commune prime les croyances particulières, toutes, sans exception.

Car contrairement aux lectures délétères qui transforment la laïcité en gestion des sensibilités et des fragilités surjouées, en arrangement intercommunautaire, ou en inventaire de droits particuliers, la laïcité républicaine est u-ni-ver-sa-liste. Elle protège l’intégrité et la singularité de chacun en refusant les privilèges de quiconque. Elle n’additionne pas des appartenances. Au contraire, elle libère les êtres humains des assignations. Elle dit à chaque citoyen : Tu es d’abord libre, et rien, ni tradition, ni pression sociale, ni autorité religieuse, ni idéologie identitaire, n’aura le pouvoir de te réduire ou de te faire entrer dans la case qu’on t’aura assignée.

Ce soir, nous affirmons que la liberté d’expression, fille de la laïcité, n’est pas négociable, pas conditionnelle, pas soumise aux émotions du moment. Elle est la condition même d’une démocratie vivante. Et pour la célébrer, nous faisons précisément ce que les dogmes, les intégrismes, les fanatismes détestent, nous rions, nous chantons, nous lisons, nous jouons. Bref : nous vivons.

Aux artistes qui nous honorent de leur présence ce soir, je veux dire : Vous perpétuez la tradition des Lumières, de la satire, de l’insolence, de la pensée critique, de la poésie, de la création. Vous faites vivre ici et maintenant ce que d’autres ont défendu avant nous au péril de leur liberté.

Et vous, chers amis du public, nombreux, engagés, vous êtes la preuve que la laïcité républicaine est un souffle. Un horizon. Une promesse. Alors oui, célébrons ensemble la liberté qui ne s’incline devant aucun pouvoir moral. La République qui ne se laisse intimider par aucun dogme. L’émancipation, qui n’a jamais été un luxe, mais une nécessité. Et la joie — cette joie profonde d’être citoyens ensemble.

Ce soir, laissez-vous emporter. Chantez, riez, réfléchissez. C’est cela, la laïcité vivante : une conquête qui se célèbre debout, avec fougue, avec confiance. Merci à toutes et tous et maintenant… place à la fête, place à la liberté ! »