Marjane Satrapi, fille des Lumières et de Persépolis
Marjane Satrapi, la plus française des Iraniennes, la guerrière, la combattante de la cause des femmes de son pays d’origine, a quitté à jamais le champ de bataille, le 4 juin dernier. Elle était l’une de ces voix puissantes qui ont mis en lumière la tragédie que des mollahs obscurantistes ont infligée à une jeunesse iranienne en quête d’ouverture au monde et éprise d’une liberté que la République islamique continue de bâillonner dans la plus extrême violence.
Née à Téhéran en 1969 dans une famille héritière d’une longue tradition culturelle liée tant à l’histoire perse millénaire qu’aux apports du mouvement des Lumières et de l’engagement à gauche, elle avait baigné dès son enfance dans un environnement éclairé.
L’arrivée au pouvoir des ayatollahs en 1979, suivie de la guerre Iran-Irak (1980-1988), a accouché d’un déferlement de violences, de massacres et de sacrifices qui ont durablement imprimé leur marque sur l’enfant qu’elle était. Cette expérience a fortifié sa volonté d’échapper à cet engrenage et à combattre ce régime. Pour la protéger, sa famille a fait le choix de la scolariser dans un lycée français à Vienne, puis après un bref retour en Iran, de l’encourager à s’exiler définitivement en France en 1994 pour intégrer l’École supérieure des arts décoratifs de Strasbourg où elle a trouvé sa voie et forgé de solides amitiés.
Publiée en 2000, la bande dessinée Persépolis, dans laquelle Marjane Satrapi invente un langage graphique en noir et blanc, minimaliste, créant un univers artistique personnel et universel à la fois, a su toucher un large public par la force et la sincérité des images et du témoignage.
Alors que Persépolis a été traduit et diffusé avec succès dans le monde entier, en Iran, c’est sous le manteau qu’il était vendu dans le bazar de Téhéran.
Naturalisée française en 2006, Marjane considérait désormais la France comme sa patrie, celle de la liberté de créer et de s’exprimer, la patrie des droits de l’homme.
Elle s’était ensuite rapprochée de l’univers du cinéma en adaptant Persépolis en dessin animé, primé à Cannes et aux Césars, puis elle avait contribué à la réalisation de films.
De par son œuvre, Marjane Satrapi a posé l’une des premières pierres de la contestation par l’art d’un système totalitaire et terroriste. Elle a été, au fil des années, rejointe par de nombreux réfugiés iraniens, en majorité des femmes, des intellectuels, des artistes, des cinéastes, des acteurs, des sportifs fuyant l’Iran des mollahs et qui ont repris son combat, chacun à leur manière mais avec la même ténacité.
Marjane symbolisait la résistance à l’oppression, la liberté artistique, la lumière et l’humanisme. Son combat pour la dignité humaine, qui s’inscrit dans l’engagement laïque et universaliste, est plus que jamais d’actualité.
Unité laïque s’associe aux hommages unanimes et se tient aux côtés des associations, notamment les mouvements « Femmes, Vie, Liberté » ou « Femmes Azadi », qui se battent, elles aussi, pour dénoncer la théocratie barbare qui sévit en Iran et martyrise toute une jeunesse qui étouffe et meurt sous son joug.
