Marc Bloch, une leçon française
Le 23 juin 2026 Marc Bloch entrera au Panthéon, accompagné de son épouse, Simonne Vidal.
L’histoire personnelle de Marc Bloch s’inscrit dans la mémoire républicaine de ce lieu. Sa famille, d’origine alsacienne, fidèle à la promesse de la France des Lumières, de l’universalisme et de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, opte pour la nationalité française en 1871, en accord avec ses convictions républicaines.
Né en 1886 à Lyon, le jeune Marc Bloch, intègre l’École normale supérieure à l’issue d’un parcours scolaire exemplaire, puis est reçu à l’agrégation d’histoire. Mobilisé pendant la première Guerre mondiale, il est décoré de la Légion d’honneur pour faits de guerre. Son attachement à la France ne se démentira jamais et nourrira sa réflexion d’historien et de patriote.
Maître de conférences depuis 1919 à Strasbourg redevenue française, il fonde en 1929 avec Lucien Febvre la revue les Annales d’histoire économique et sociale. Conçue comme une passerelle entre les sciences humaines afin « d’éclairer le présent à partir du passé », elle préfigure déjà le regard porté par Marc Bloch sur les événements qui bouleverseraient sa vie d’intellectuel.
À 53 ans, en 1939, il s’engage pour défendre la France face à l’Allemagne. La piteuse débâcle de 1940 lui inspire alors son ouvrage, L’étrange défaite, rédigé dans la clandestinité et publié après sa mort. Marc Bloch y analyse de manière clinique l’effondrement politique et moral de cette France pour la défense de laquelle il continue le combat au sein des réseaux de résistance. La collaboration et la soumission du régime de Vichy à l’Allemagne nazie sont, à ses yeux, une flétrissure irrémissible des idéaux de la Révolution française. L’odieuse promulgation en 1941 du statut des juifs dont il fut l’une des victimes, lui, le républicain, l’inlassable serviteur de la France, lui inspira ces mots « Je suis Juif […] par la naissance […] [et] je ne revendique jamais mon origine que dans un cas : en face d’un antisémite ».
Ces mots ont une résonance particulière et doivent nous interpeller, dans un pays fracturé par le conflit au Moyen-Orient, que des apprentis sorciers cyniques exploitent à des fins électoralistes, dans une France où les actes antisémites explosent, où des histrions inconséquents entretiennent avec gourmandise les confusions sémantiques,
Aussi, la tentation, à l’œuvre dans certains milieux, de taire, voire d’effacer, la judéité de Marc Bloch pour complaire à une frange du monde culturel et politique en pleine dérive, serait une faute. Elle censurerait l’incroyable violence physique, symbolique, familiale que sa qualité de juif lui valut. Elle estomperait le lumineux engagement de Marc Bloch et son sacrifice ultime pour sa patrie qui infligent à ceux-là une cinglante leçon.
Le 23 juin, la France célèbrera non seulement un historien, un visionnaire, un humaniste mais surtout un grand résistant, torturé puis assassiné par les nazis en 1944. La grandeur intellectuelle et morale de Marc Bloch reste une source inépuisable d’inspiration pour les générations à venir. Il trouvera sa place au Panthéon aux côtés de Simone Veil, Joséphine Baker, Missak Manouchian et Robert Badinter, pour ne citer que les plus récents qui, comme lui, ont servi la France et que la République a honorés.
Unité laïque salue avec émotion la mémoire de ce grand républicain, de ce grand intellectuel dont le courage et la lucidité nous obligent. En ces temps où les repères sont troublés, « dans un monde assailli par la plus atroce barbarie » selon l’expression même de Marc Bloch, la lutte pour la vérité et la liberté qu’il portait avec force garde tout son sens.
