Les mots contre la laïcité : de la liberté de conscience à la liberté religieuse – Mezetulle
Aline Girard et Jean-Pierre Sakoun analysent un glissement lexical : l’usage, dans maint texte officiel, des expressions « liberté de religion » et « liberté religieuse » pour caractériser la laïcité.
Or la « liberté de religion » s’inscrit dans la liberté d’opinion. Et la République « assure la liberté de conscience » : cette dernière, non seulement est plus large que la « liberté de religion », mais elle concerne les individus, alors que la « liberté religieuse » permet d’ériger des groupes d’appartenance en sujets principaux d’exercice de la liberté et de structuration de la vie publique. En plaçant la notion de « religion », et surtout celle de « liberté religieuse », en position clé, ce glissement inverse les principes et se révèle comme une double opération politique qui « […] modifie le centre de gravité de la laïcité, en le déplaçant de l’individu singulier et citoyen vers sa communauté d’appartenance. [Et qui] tend à faire de la laïcité un instrument de gestion du religieux, alors qu’elle est historiquement un principe de limitation de son emprise. ». Si on n’y prend pas garde, c’est l’universalisme républicain qui est renversé, car alors « la religion cesse d’être un fait privé dont la manifestation est encadrée pour devenir une dimension structurante de l’identité publique ».
Depuis le début de l’année 2025, un phénomène préoccupant est apparu dans le paysage institutionnel français : le remplacement progressif et méthodique au point qu’il semble organisé, de la notion de liberté de conscience par celle de « liberté religieuse ».

