La Tour Eiffel est une femme, n’en déplaise aux bigots et aux tartuffes

Érigée sur le Champ-de-Mars pour l’Exposition universelle de 1889, année du centenaire de la Révolution française, la tour Eiffel est devenue l’emblème de Paris et l’un des symboles les plus universels de la France. Du haut de ses 330 mètres, parée de lumière et d’or, avec l’élégance et l’allure des grandes dames, elle préside aux grandes célébrations nationales, comme récemment aux Jeux olympiques de Paris. Son image fait le tour du monde lorsque la France manifeste sa solidarité avec les peuples frappés par la barbarie, après le 11 septembre 2001 comme après le 7 octobre 2023. La « Dame de fer », si bien nommée, abrite aussi des centaines de salariés, femmes et hommes, qui la font vivre et accueillent chaque année des millions de visiteurs.

Mais voilà : cette présence féminine semble avoir indisposé un groupe religieux hindou venu visiter le monument. Au nom de prescriptions religieuses imposant que les femmes se soustraient à la vue des hommes, ses membres auraient demandé que les salariées soient dissimulées derrière des tentures ou reléguées dans des locaux annexes pendant leur passage.

On hésite entre Courteline et Feydeau. Une demande aussi extravagante, aussi contraire à la dignité humaine et à notre principe d’égalité, aurait dû susciter un éclat de rire, suivi d’un refus immédiat. Elle a pourtant été acceptée. Ainsi, au pied même d’un monument élevé pour célébrer le centenaire de la Révolution française, on aurait consenti, le temps d’une visite, à faire disparaître les femmes parce que des hommes estimaient leur présence inconvenante. La République priée de tirer le rideau sur l’égalité : il fallait oser.

Aucune croyance, aucune tradition, aucune prescription religieuse ne donne à quiconque le droit d’exiger que nos concitoyennes soient cachées, écartées ou humiliées pour satisfaire des préjugés sexistes. Celui qui visite la France respecte ses lois, ses règles et ses principes. Il ne commande pas à la République de les suspendre à son passage.

Les salariés de la tour Eiffel, eux, ont parfaitement compris l’enjeu. Ils se sont mis en grève et réclament des explications. La Ville de Paris annonce désormais non pas une, mais deux enquêtes. Il était temps de découvrir que la disparition organisée des femmes pouvait poser un léger problème.

Unité Laïque exprime sa colère devant une capitulation aussi indigne. L’égalité entre les femmes et les hommes ne se négocie pas, ne s’aménage pas et ne se dissimule pas derrière un rideau. Nous demandons que toute la lumière soit faite sur la chaîne de décision, que les responsabilités soient établies, que des sanctions soient prises et que des instructions claires garantissent qu’un tel accommodement ne puisse jamais se reproduire.

La Dame de fer restera debout. Les femmes aussi.

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