Le film L’Abandon doit devenir un outil national de transmission des principes républicains
Unité Laïque tient à saluer avec force le film L’Abandon, de Vincent Garenq, consacré aux derniers jours de Samuel Paty et à féliciter pour leur engagement producteurs, comédiens, distributeur et exploitants.
Ce film, véritable phénomène civique, est un récit rigoureux et bouleversant qui met en lumière l’enchaînement tragique ayant conduit à l’assassinat d’un professeur de la République pour avoir simplement fait son métier : enseigner la liberté de conscience, la liberté d’expression, la laïcité, le droit au doute et à l’esprit critique.
Nous voulons dire clairement notre désaccord avec les procès d’intention instruits contre ce film par une partie dévoyée de la gauche qui, faute de pouvoir en contester sérieusement le contenu et la qualité, cherche à le discréditer par des arguments périphériques : le moment de sa sortie, les supposées intentions de ses auteurs, les risques de récupération politique, ou l’accusation devenue réflexe d’« islamophobie », la même qui a conduit Samuel Paty à la mort. Cette manière de déplacer le débat est une faute intellectuelle et morale. Elle revient à nier la représentation même du réel dès lors que ce réel met en cause l’islamisme, ses relais, ses lâchetés complices et les renoncements institutionnels qui lui ont ouvert la voie.
L’Abandon ne stigmatise ni les immigrés d’origine maghrébine ni l’islam. Il montre au contraire la complexité des situations, la diversité des réactions et distingue clairement les musulmans de l’islam politique et violent. D’ailleurs contrairement à ce qu’affirment certains journalistes dont on se demande s’ils ont pris la peine de voir le film, on n’y voit aucune musulmane voilée qui pourrait être stigmatisée pour le port de son hidjab. Ou plutôt une seule : la fille de l’islamiste manipulateur, qui… témoigne contre lui ! Ce que le film expose avec une grande virtuosité et une distance qui fait penser au magnifique « De sang-froid » de Richard Brooks, c’est un mécanisme : le mensonge initial, son exploitation idéologique, l’emballement des réseaux sociaux, l’insuffisante protection d’un enseignant menacé, la paralysie de l’Etat puis le passage à l’acte terroriste. Refuser de regarder cela en face, ce n’est pas défendre la paix civile ; c’est désarmer la République.
Unité Laïque veut aussi rendre hommage au courage de Mickaëlle Paty. Depuis l’assassinat de son frère, elle mène un combat digne, exigeant et profondément républicain pour que la vérité soit dite, que les responsabilités soient établies et que la mémoire de Samuel Paty ne soit pas recouverte par l’oubli, la gêne ou la peur de nommer les choses. Son action honore l’école, la République et tous ceux qui savent qu’une société de citoyens libres et responsables ne peut survivre si elle abandonne ses professeurs.
Invoquer Samuel Paty ne doit pas devenir un rituel, mais un appel permanent à défendre l’école, la liberté d’expression, la laïcité et l’autorité émancipatrice du savoir.
C’est pourquoi Unité Laïque demande que L’Abandon devienne un véritable support national d’éducation civique et républicaine. Nous demandons la construction d’un outil pédagogique puissant autour de ce film. Nous demandons qu’il soit projeté obligatoirement à toutes les classes de première des lycées, niveau auquel les élèves disposent de la maturité nécessaire pour en saisir la portée civique, historique et morale.
Mais nous formulons surtout une exigence trop rarement entendue : L’Abandon doit être projeté à tous les élèves des INSPE, c’est-à-dire aux futurs professeurs. C’est à eux, d’abord, qu’il faut rappeler leur devoir de fonctionnaires et de défenseurs de la République en leur donnant les moyens de comprendre ce qui s’est joué dans l’affaire Samuel Paty : la solitude d’un enseignant, les pressions communautaristes, l’omniprésence des parents d’élèves parfois pour le pire, le rôle destructeur des réseaux sociaux, les hésitations administratives, la lâcheté drapée dans l’antiracisme de certains collègues mais aussi la grandeur d’un métier qui consiste à transmettre la liberté de conscience et d’expression. Former les professeurs de demain sans leur donner à voir ce film serait une nouvelle forme d’abandon.
Samuel Paty a été assassiné pour avoir enseigné les idéaux de la République. L’Abandon rappelle cette vérité essentielle et permet enfin à de très nombreux citoyens de savoir exactement ce qui s’est passé. Unité Laïque appelle donc les pouvoirs publics, l’Éducation nationale, les collectivités, les établissements scolaires et les organismes de formation à faire de ce film un moment majeur de transmission républicaine.
Voir ce film, le comprendre, l’enseigner, c’est refuser l’oubli. C’est aussi refuser que la République abandonne une seconde fois Samuel Paty.
